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Vendredi 18 Septembre 2015 2015-09-18_loisante-ivg.pdfLa question du militantisme est une question finalement assez épineuse. Ainsi par exemple beaucoup de femmes féministes hésitent à se déclarer comme militantes ; d'autant plus lorsqu'elles entendent régulièrement "qu'elles ne militent que sur Internet". Beaucoup de femmes, dans les interviews que je suis en train de mener, me disent, alors même qu'elles ont énuméré tout ce qu'elles faisaient au quotidien, me disent "ne pas se voir comme des militantes". C'est une assertion qui ne serait pas à discuter si elle n'émanait pas parfois d'un dénigrement certain qui conduit beaucoup de femmes à toujours minorer ce qu'elles peuvent faire.
Il est étonnant de dire "qu'on ne milite que sur internet" et de voir en 2015, de voir Internet comme un lieu "à part", comme un lieu qui ne ferait pas partie de la vie.
En ce cas je dois me dire que "je ne travaille que sur Internet". En effet si demain Internet n'existe plus, je n'ai plus de travail.
Lorsque vous achetez un vêtement sur Internet, recevez-vous une image de ce vêtement ou bien un vrai vêtement fait de tissu que vous pouvez mettre ? Est-ce qu'un vêtement acheté sur Internet serait différent si vous l'aviez acheté dans la même enseigne physique ?
Lorsque vous conversez avec quelqu'un, est ce que cette conversation s'annule et disparaît purement et simplement de votre esprit lorsque vous fermez votre téléphone ou votre ordinateur ?
Les notions d'IRL/Internet pour peu qu'elles aient déjà eu un sens - ce dont je doute - me semblent passablement dépassées en 2015.
Pour beaucoup de gens militer signifierait par exemple manifester dans la rue, en brandissant des pancartes et en criant très fort.
Beaucoup de gens ont difficilement cette possibilité ; être blanc-he (et avoir des papiers en rège) par exemple aide beaucoup pour manifester. Observons cet article qui parle d'une manifestation au 104 contre l'exposition Exhibit B et regardons comment sont qualifiés les militants de la Brigade anti négrophobie, collectif de militant-es noir-es. On les décrit comme des "gros costauds" qui seraient "violents" et "agressifs", qui cherchent à" intimider". Passons sur l'image choisie qui semble nous dire en sous-texte que l'acteur noir de la photo est bâillonné et empêché de parler par d'autres noirs. Beaucoup de manifs - la plupart - passent par des slogans vigoureux - c'est le propre du slogan que de l'être - et pas mal d'entre elles passent par de la casse. Manifester, pour un groupe de militants noirs, peut vous faire courir le risque de passer pour un sauvage mal dégrossi plein de testostérone. Leur carrure est également évoquée dans cet article.
Etre racisé-e et manifester vous fait courir davantage de risques comme les fouilles et l'arrestation par exemple. Un homme racisé qui manifeste sera souvent vu comme un casseur, quelqu'un qui veut voler les honnêtes manifestants blancs, quelqu'un qui va générer de la violence et très rarement comme quelqu'un qui a des positions politiques à défendre.
On peut également avoir des difficultés à manifester parce que l'on a des handicaps sociaux ou physiques par exemple. Je n'apprendrais à personne que la France n'est pas extrêmement bien dotée en matière d'accès pour les handicapé-es (c'est évidemment un euphémisme) et pas mal de lieux ne sont pas accessibles surtout si l'on doit partir rapidement.
Et l'on ne peut parfois simplement pas manifester parce que cela nécessite d'être dans la foule, souvent assez serré et que pour certaines personnes c'est totalement inenvisageable à cause de maladies diverses.
Manifester est également un luxe en matière de temps. Je définirais ce "temps" de deux manières. Il y a le temps en termes horaires ; quelqu'un qui a des très jeunes enfants, ne peut pas toujours trouver simplement un mode de garde simple et bon marché et estimera qu'une manif n'est pas un lieu pour des enfants. Quelqu'un qui a un travail l'obligeant à une grande amplitude horaire pour un très maigre salaire (les plus concernées sont les femmes et encore davantage les femmes racisées) n'a pas ce luxe du temps, occupé qu'il est à courir d'un endroit à l'autre. Et puis il y a le "temps de cerveau" selon la cynique formule de Le Lay. Beaucoup de gens perdus entre des doubles ou triples journées, des boulots peu gratifiants, épuisants physiquement et mentalement n'ont pas ce luxe là. C'est d'ailleurs toute la perversité du système ; les gens qui auraient le plus besoin de temps pour réfléchir à leurs droits, aux inégalités qu'ils subissent sont ceux qui en ont le moins parce que tout est justement fait pour qu'ils soient tellement épuisés qu'il n'aient plus le temps ni matériel, ni psychique de penser. Cela ne signifie évidemment pas qu'aucune des personnes concernées n'arrive à prendre ce temps mais que simplement rien n'est fait pour l'y aider.
Et tout simplement, on peut estimer que ce mode d'action ne nous convient pas, qu'il est dépassé, qu'il ne fait plus bouger les gens.
Mais alors ca serait quoi militer ? Le Larousse dit : "Agir, combattre pour ou contre quelqu'un, quelque chose."
Tiens donc.
Que se passe-t-il exactement lorsqu'une femme commence à percevoir les inégalités de genre ? Son comportement va se modifier, consciemment ou non.
Si elle constate par exemple qu'on a moins tendance à écouter l'avis des femmes - dans quelque lieu que ce soit - elle en parlera peut-être à d'autres femmes, pour être sûre qu'elle ne se trompe pas et pour voir si d'autres femmes ont fait le même constat qu'elle. Elle aura donc fait passer une pensée féministe - peut-être débutante, peu importe ai-je envie de dire - à d'autres femmes. Elles auront échangé sur ce sujet et éventuellement décidé de le faire remarquer aux hommes qui leur coupent la parole, ou décidé de chercher des lectures qui pourraient les éclairer là dessus.
Une autre femme va un jour constater qu'elle voit de plus en plus de tee-shirts extrêmement genrés pour sa fille ; elle va faire le choix de ne plus en acheter, puis en parlera peut-être à sa famille en leur demandant de respecter son choix. Elle l'expliquera et certains de ses proches tenteront de se renseigner ; ils tomberont sur des articles en parlant. De fil en aiguille à partir d'un simple fait apparemment anecdotique, des dizaines de gens se renseigneront. Certains, bien sûr, ne feront rien de cette nouvelle information mais il n'en demeurera pas moins que la femme a l'origine de cette "chaîne" a bien milité ; elle a bien combattu contre quelque chose qui lui déplaisait.
Et que fait-on sur Internet ? On voit très régulièrement des hashtags sur twitter pour témoigner de situations vécues ; des femmes violées témoignent, des femmes harcelées, des femmes de couleur témoignent de ce qu'est être une femme de couleur dans un pays majoritairement blanc par exemple. Pourquoi est-ce également du militantisme ? Déjà parce qu'il y a un partage d'expérience entre concerné-es ; ce n'est pas tant l'expérience qui compte que de la confronter à d'autres personnes. Beaucoup de gens qui vivent une discrimination ont très souvent l'impression que c'est de leur faute, qu'il n'y a rien de systémique là dedans. s'ils peuvent constater que de nombreuses autres personnes ont vécu la même chose, alors ils "prennent conscience de leur classe" car leur expérience individuelle devient collective. Les non concerné-es eux, peuvent s'informer sur des situations dont ils n'ont pas forcément conscience : encore une fois ils n'en feront peut-être rien. Mais la personne qui a témoigné au départ a elle bien milité puisque par son témoignage elle a lutté contre une situation donnée.
Que fais-je moi à travers ce blog ? Je peux m'adresser à des personnes que je n'aurais jamais l'occasion ou l'opportunité d'approcher par un autre biais. Beaucoup de gens peuvent ainsi venir sur un blog féministe pour s'en moquer et troller par exemple et au final constater qu'ils sont d'accord avec certains points.
Le fait est qu'à partir du moment où vous commencez à constater les inégalités de genre - parfois donc même avant de vous dire féministes, vous militez.
Quand on commence à constater les inégalités entre hommes et femmes, notre comportement s'en ressent forcément. On en parle autour de soi, on en discute, on décide de renoncer à telle ou telle pratique qu'on a identifiée comme sexiste, on invite les autres à ne plus les pratiquer.
Beaucoup de femmes par exemple commencent à changer la façon d'éduquer leurs enfants ; elles cherchent des livres qui ne valorisent pas les représentations genrées ou ne présentent que des héros masculins et blancs. Elles essaient de faire en sorte que leur fille ait confiance en elle par exemple et ne soit pas trop touchée par les injonctions de genre.
Il n'y a pas de petit ou grand militantisme, de militantisme vulgaire ou digne. Et il n'y a certainement pas une façon de militer. Dés le moment où nous constatons les injustices que nous subissons, nous commençons à militer parce que le début de la conscientisation de classe est le début du militantisme. Qu'est ce que cela signifie ? Quand vous constatez que vous êtes victime d'une injustice et que vous comprenez que cette injustice n'est pas due à votre comportement mais émane de préjugés dus à votre genre/race/classe/etc alors c'est ce qu'on appelle la conscience de classe. Et cette conscience là va obligatoirement vous faire évoluer consciemment ou non. Et militer.
Il n'y a pas de petit ou grand féminisme. Militer dans la rue ou avec un pancarte n'a rien de plus grand ou plus digne que la mère de famille qui, jour après jour, s'efforce de décortiquer les pressons genrées subies par ses enfants. Militer dans la rue ou avec un pancarte n'a rien de plus grand ou plus digne que la jeune femme qui continue à exercer une passion malgré les insultes et les dénigrements masculins. Militer dans la rue ou avec un pancarte n'a rien de plus grand ou plus digne que celle qui choisit un métier dit masculin malgré les oppositions familiales. Militer dans la rue ou avec un pancarte n'a rien de plus grand ou plus digne que celle qui choisit de refuser chacune des blagues sexistes entendues au boulot.
Etre féministe c'est être militante. Je connais beaucoup de militantes.
The post Mais alors c’est quoi militer ? appeared first on Crêpe Georgette.
http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/Un-Suisse-roue-de-coups-par-un-homophobe-a-Berlin-17838674|La presse allemande rapporte qu’un couple d’hommes franco-suisse a été agressé lundi soir au cœur du quartier gay de la capitale, non loin de Nollendorfplatz. Un individu leur a crié des insultes homophobes et leur a craché dessus, apparemment après les avoir aperçus enlacés, avant de s’en prendre physiquement au Suisse de 39 ans. Ce dernier a été transporté à l’hôpital pour des coupures et un bras déboîté. Son compagnon, 24 ans, est indemne. L’agresseur, âgé de 31 ans, a été arrêté peu après les faits.
On s’attendait à ce qu’elle nous en impose mais, devant son thé à la menthe, Virginie Despentes abandonne rapidement son aura d’agitprop revêche. Tout juste intronisée au sein du jury du prix Femina, celle qui avait suscité la polémique en 2000 avec l’adaptation au cinéma de «Baise-moi» s’exprime d’une voix douce, presque intérieure. A 46 ans, la figure de proue du féminisme trash ne veut plus parler du même sujet à longueur d’interviews. Pourtant, en 2006, elle publiait «King Kong Théorie», un manifeste coup-de-poing, et réalisait, en 2009, un documentaire sur le féminisme post-porn, intitulé «Mutantes». Prix Renaudot avec «Apocalypse bébé» en 2010, elle nous baladait au cœur de Barcelone, la ville où elle a observé l’ascension démocratique du mouvement des Indignés, à travers le parti de la gauche radicale, Podemos.
Récemment, elle signait une tribune dans les «Inrockuptibles» pour saluer leur avancée lors des municipales de mai. «Parce que ça nous montre qu’on peut faire de la politique autrement», dit-elle. «C’était un moment émouvant, et je n’ai pas vraiment l’habitude d’être émue par des élections.» A Paris, Virginie Despentes nous entraîne dans le sillage de Vernon Subutex, possesseur des bandes vidéo de l’ultime interview d’Alex Bleach. Juste avant sa mort, la star du rock a enregistré un message posthume. Et dès le premier tome tout le monde en prend pour son grade, prolos, fachos, bobos, cathos… Tandis que le second tome culmine dans une sorte de hurlement de meute animiste et cyberpunk.
– Déjà dans «King Kong théorie», tu évoquais ton travail en tant que disquaire à Lyon, chez Attaque Sonore…
– Oui, et le personnage de Vernon Subutex vient de cette expérience. Ça a été quatre ans de ma vie, entre 18 et 22 ans, donc ce sont des années qui comptent triple ou quadruple. Alors disquaire, c’était fondateur, un peu comme des années étudiantes.
«Je ne crois pas trop au côté thérapeutique de l’écriture…»
– «King Kong théorie» était un livre sur le féminisme, plutôt véhément. Est-ce que tu es toujours animée par cette colère?
– Je ne crois pas trop au côté thérapeutique de l’écriture, mais après ce livre, je constate qu’il y a des choses auxquelles je pense moins. Par exemple la figure du viol qui habitait spontanément tout ce que j’écrivais. Mais, oui, j’ai toujours la même véhémence, voire même peut-être plus parce que je n’ai pas la sensation que ça aille uniquement en s’arrangeant. C’est comme s’il y avait plusieurs niveaux. Sur certains plans on est mieux qu’il y a vingt ans, on est plus ouverts, on est plus libres, et sur d’autres plans on recule encore plus…
– En tout cas, «King Kong Théorie» donne des clefs pour mieux appréhender tes autres écrits?
– Oui, je pense que ce livre a permis à beaucoup de gens de comprendre ce que j’avais fait avec «Baise-moi», avec «Les Chiennes savantes», ou ce que j’ai essayé de faire en général. C’est un moyen de comprendre où je voulais en venir et d’où je partais. Ce qui m’est arrivé, mais aussi ce à quoi je m’étais intéressée pour avoir ces réflexions là, parce que je n’étais pas toute seule dans mon coin à penser qu’il y avait un autre féminisme possible. Un féminisme qui prend en compte la parole des filles qui se prostituent et qui veulent pouvoir se prostituer dans de bonnes conditions.
– Dans «Vernon Subutex», il y a un certain cynisme et une tendresse pour les personnages. Tout ça traité avec un humour caustique…
– Je suis contente quand les gens remarquent que c’est drôle, parce que j’essaie que ça le soit. Mais vu que je ne suis pas très optimiste, pour les gens qui ne sont pas sensibles à cet humour, ça doit être assez sinistre. En effet, le constat n’est pas particulièrement réjouissant. Ce serait compliqué de dresser un autre constat. Si tu es programmateur informatique ou scientifique, tu peux te dire qu’on vit une époque formidable, mais si tu es juste un artiste ou quelqu’un d’un peu basique économiquement, je ne vois pas comment tu peux dire que tout va bien.
– Est-ce que tu dirais que «Vernon Subutex» s’inscrit dans une hyper-modernité?
– Dans la forme, non, parce que l’écriture reste classique. Mais c’est un roman très traversé par les technologies, les réseaux sociaux, et par des craintes contemporaines… Donc oui, cette peur de finir à la rue, c’est quelque chose d’assez nouveau pour les gens intégrés socialement.
– Est-ce que tu penses en termes d’adaptation cinématographique au moment de l’écriture?
– Non, même si j’aimerais bien que quelqu’un adapte «Vernon». Mais ce qu’on peut faire dans un roman, c’est tout ce qu’on ne peut pas faire dans un film, notamment tous les flashbacks et les retours au présent, donc je sais que je n’ai pas simplifié les choses pour une adaptation au cinéma.
– En tant que réalisatrice, tu as des projets?
– Oui, j’ai très envie de tourner un documentaire et une fiction. Le documentaire je le ferai sans doute quand j’aurai terminé le dernier tome de «Vernon». Mais la fiction ça fait peur parce que c’est tellement difficile à financer. «Bye Bye Blondie» a mis sept ou huit ans à se faire, du coup je me demande si j’ai envie de repartir dans une aventure aussi longue. Mais j’ai un projet, et je sais que je vais avoir un mal de chien à le financer, même s’il n’est pas cher, parce que c’est un truc à la con, comme j’aime bien: un film d’aventure avec des filles tatouées et des motos…
– «Vernon» est aussi un roman qui convoque beaucoup d’écrits…
– Oui, de Bukowski à Fante, ou Selby, et même Chandler parce qu’il y a aussi un côté polar dans «Vernon». Je suis une lectrice, donc je restitue inconsciemment ce que j’ai lu.
– Et Houellebecq?
– Houellebecq aussi, mais j’ai l’impression qu’on est sur le même axe à deux endroits différents.
«Daniel Darc, comme Guillaume Dustan, ce sont des gens qui avaient une vraie intensité quand tu les rencontrais, et maintenant j’ai une impression de vide»
– Le personnage d’Alex Bleach a l’air d’une espèce de démiurge, à la fois disparu et très présent?
– C’est vrai qu’on peut voir Alex Bleach comme un dieu… Mais les chanteurs sont des morts-vivants absolus, encore plus que les stars de cinéma à mon avis. Et l’idée de ce qu’on fait avec les morts, les absents et le passé traverse aussi tout le livre. La mort de Daniel Darc est survenue pendant l’écriture de Vernon et ça m’a beaucoup marquée. Je ne le connaissais pas très bien, mais je l’ai souvent croisé à Paris, c’était comme un repère. Pareil pour Guillaume Dustan, ce sont des gens qui avaient une vraie intensité quand tu les rencontrais, et maintenant j’ai une impression de vide. J’aimerais bien savoir ce que Dustan ferait aujourd’hui. Qu’est-ce qu’il aurait pensé des attentats du 7 janvier? Est-ce qu’il serait au Front National? Est-ce qu’il se serait converti à l’islam? Tout était possible avec lui.
– Tu montres beaucoup d’empathie pour le personnage de Loïc, militant d’extrême droite.
– Loïc est l’un des personnages les plus proches de beaucoup de gens que j’ai connus et que j’ai vu changer. Ce sont des gens que j’aime bien, et je ne peux pas dire que je ne les aime plus, parce que ce qu’ils disent aujourd’hui ne me plaît pas. Ça viendra, mais pour l’instant, je regrette de les voir changer comme ça.
«Pourquoi est-ce que tu ne serais pas raciste, de droite, ultralibéral et que tu n’aimerais pas le pouvoir sous prétexte que tu es gay?»
– Que penses-tu des gays qui rejoignent le Front national?
– Ça, on ne s’y attendait pas, et en effet, il y en a plein ! Mais au fond, pourquoi est-ce que tu ne serais pas raciste, de droite, ultralibéral et que tu n’aimerais pas le pouvoir sous prétexte que tu es gay? Il y a aussi beaucoup de gens qui ont rejoint le FN par ambition, parce qu’ils ont besoin de cadres et c’est le seul parti où on peut gravir les échelons rapidement. Et puis le outing de Philippot, il me semble que ça leur permet de dire en filigrane que le FN est le premier parti gay de France. Mais ça me fait la même chose quand je vois certains juifs et arabes commencer à travailler avec le Front National. Pour moi, il y a une naïveté. J’ai du mal à croire que le FN va muter au point de faire cette alliance entre les gays, les rebeus, les feujs et les intégristes cathos qui sont quand même le cœur du Front national.
– Dans «Vernon», il y a un passage où tu écris: «Dans moins de dix ans les mères la pudeur ne procréant plus que par insémination artificielle, il n’y a que comme ça qu’elles se sentiront protégées de la saleté que représente la sexualité»…
– Oui, c’est Antoine qui dit ça. A mon avis, il y a aujourd’hui dans la tête de certains jeunes un dégoût de la sexualité féminine qui vient de la possibilité de faire un bébé sans avoir de relations sexuelles. C’est une façon de devenir mère sans passer par la saleté, un peu comme la vierge Marie… des mères immaculées.
– Et que penses-tu de la GPA?
– C’est compliqué, je pense qu’il faut demander aux mères porteuses. Si toutes unanimement disent que c’est une horreur, je pense qu’il faut arrêter. Mais si elles disent que c’est un bon job, bien payé, c’est comme la prostitution, tu loues ton corps et c’est une question de tarif. En tout cas ce qui est sûr pour la GPA comme pour le reste, c’est que les familles traditionnelles n’ont pas de conseils à nous donner. Parce que dans l’ensemble, elles sont totalement dysfonctionnelles, donc elles ne peuvent pas se tourner vers les autres en disant: «vous devez faire comme nous, parce que chez nous c’est trop génial…» Non, chez vous c’est pas génial!
– Alors est-ce que tu t’es assagie?
– Oui, j’ai senti à un moment qu’il fallait que je change de politique sinon je n’allais pas aimer ce qui allait se passer. Il y a des gens qui ont plus de résistance, d’autres qui ont plus d’équilibre dans le déséquilibre. Moi, j’avais plutôt intérêt à me calmer.
– Aujourd’hui quelle est la question à ne pas te poser?
– Est-ce que je suis toujours avec Paul Preciado*? ça c’est une question que je n’aime pas.
– Quelle est la question que tu aurais aimé que je te pose?
– Tu viens fumer un pétard avec moi?
«Vernon Subutex» – Tome III, à paraître chez Grasset.
*Philosophe transgenre, Paul B. Preciado est notamment l’auteur du «Manifeste contra-sexuel» (Diable Vauvert, 2011)